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L’Algérie, l’immigration et le voile s’imposent déjà dans la présidentielle

À quelques mois de l’élection présidentielle française de 2027, plusieurs prises de parole ont replacé l’Algérie, l’immigration, l’islam et le voile au centre du débat. Édouard Philippe veut supprimer l’accord franco-algérien de 1968, tandis que le Rassemblement national promet deux référendums portant sur l’immigration et « l’idéologie islamiste ».

Crédit photo : Drapeaux de le France et de l'Algérie Leonid Altman / Shutterstock

À quelques mois de l’élection présidentielle française de 2027, plusieurs prises de parole ont replacé l’Algérie, l’immigration, l’islam et le voile au centre du débat. Édouard Philippe veut supprimer l’accord franco-algérien de 1968, tandis que le Rassemblement national promet deux référendums portant sur l’immigration et « l’idéologie islamiste ».

La séquence a un air connu. À mesure que l’élection présidentielle approche, les questions migratoires et identitaires reprennent une place centrale dans la vie politique française. Cette fois, le débat mêle le statut des Algériens en France, le droit du sol, le regroupement familial et le port du voile dans l’espace public.

En quelques jours, Édouard Philippe, Jordan Bardella, Marine Le Pen et plusieurs responsables du Rassemblement national ont précisé leurs positions. Leurs déclarations ont suscité des réactions à gauche, mais aussi celle du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, qui dénonce une instrumentalisation électorale de l’Algérie et de l’islam.

Bardella détaille son référendum sur l’immigration

Jordan Bardella a présenté mercredi 2 septembre les principales mesures que le Rassemblement national entend soumettre aux Français en cas de victoire en 2027. Le président du RN promet un « référendum constitutionnel sur l’immigration » dès l’arrivée au pouvoir de son parti.

Le projet comprendrait l’expulsion des étrangers condamnés, la suppression du droit du sol et du regroupement familial, l’instauration de la priorité nationale pour l’accès aux aides sociales ainsi qu’un durcissement du droit d’asile et du contrôle des frontières.

Cette annonce apporte des précisions politiques, mais elle ne constitue pas encore un texte juridiquement abouti. Le RN n’a publié ni la question exacte qui serait soumise aux électeurs ni le détail des dispositions constitutionnelles envisagées. Aucun calendrier complet de mise en œuvre n’a également été présenté.

La procédure choisie pourrait être déterminante. L’article 89 de la Constitution prévoit qu’un projet de révision doit d’abord être voté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat avant d’être soumis à référendum. Une victoire présidentielle ne suffirait donc pas, à elle seule, à déclencher cette procédure sans passage par le Parlement.

Un second référendum autour de l’islamisme

Le RN distingue désormais deux consultations. La première porterait sur l’immigration. Une seconde serait organisée « au cours du quinquennat » sur ce que Jordan Bardella appelle « l’idéologie islamiste ».

Le dirigeant du parti a évoqué une extension à « la sphère publique » de l’interdiction des signes religieux ostensibles actuellement appliquée dans les établissements scolaires publics. Il s’est toutefois montré plus prudent que certains responsables de son parti sur les modalités de contrôle. « Il ne s’agit pas de mettre en place une police du vêtement », a-t-il assuré.

Marine Le Pen a adopté une formulation plus directe. Elle promet une « grande loi de lutte contre les idéologies islamistes » comprenant notamment la pénalisation du voile dans l’espace public. Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, a confirmé le 30 août que les femmes contrevenant à cette interdiction recevraient une amende, comparant cette sanction à celle appliquée aux automobilistes sans ceinture de sécurité.

Le 2 septembre, Sébastien Chenu a également défendu cette orientation. Le député RN du Nord a qualifié le voile d’« étendard utilisé par les islamistes » et d’« étendard d’une rupture avec l’État républicain ».

Édouard Philippe veut supprimer l’accord de 1968

Sur l’Algérie, l’ancien Premier ministre adopte en revanche une position beaucoup plus ferme. Interrogé dimanche 30 août à Tourcoing, il a réaffirmé son intention de mettre fin à l’accord franco-algérien de 1968.

« Je suis favorable à la suppression de l’accord de 1968 », a déclaré Édouard Philippe. Il a justifié cette position par la dégradation des relations entre Paris et Alger et par son refus de maintenir un régime particulier pour les ressortissants algériens.

Son équipe de campagne ne souhaite pas une nouvelle renégociation du texte, mais sa dénonciation. Clément Tonon, coordinateur du projet présidentiel d’Édouard Philippe, estime qu’il n’existe plus de raison de conserver « un régime dérogatoire pour les Algériens par rapport aux autres étrangers ».

Signé le 27 décembre 1968 et modifié en 1985, 1994 et 2001, l’accord encadre la circulation, le séjour, l’emploi et l’établissement familial des ressortissants algériens en France. Le Conseil d’État rappelle qu’il fixe de manière complète les conditions de délivrance et la durée de leurs certificats de résidence. Le droit commun continue toutefois de s’appliquer dans les domaines qui ne sont pas traités par l’accord, notamment l’asile et l’éloignement.

Une revendication installée dans le débat politique

Édouard Philippe n’est pas le premier responsable français à demander la fin de ce cadre bilatéral. Le RN et Bruno Retailleau en ont déjà fait un marqueur de leur politique à l’égard de l’Algérie. David Lisnard propose également de revenir sur l’accord et d’utiliser les visas, les transferts financiers et l’aide au développement comme moyens de pression sur Alger.

Le 30 octobre 2025, l’Assemblée nationale avait adopté par 185 voix contre 184 une résolution du RN appelant à dénoncer l’accord. Ce vote avait une portée politique, mais n’obligeait pas l’exécutif à agir, la résolution n’étant pas juridiquement contraignante.

Le dossier des visas avait déjà ravivé les tensions durant l’été. Jordan Bardella avait dénoncé une « capitulation » après l’annonce d’un possible retour progressif au niveau de délivrance antérieur à la crise diplomatique. Bruno Retailleau avait parlé d’un « renoncement ». Emmanuel Macron avait ensuite assuré qu’aucun objectif chiffré n’avait été fixé et rejeté toute accusation de laxisme.

La déclaration d’Édouard Philippe a été particulièrement critiquée en raison du moment choisi, alors que l’Algérie était endeuillée par de graves incendies. La députée écologiste Sabrina Sebaihi a dénoncé une « indécence », tandis que le parlementaire communiste Ian Brossat a accusé les prétendants de droite à l’Élysée de « verser leur bile contre les Algériens ».

Le sénateur écologiste Akli Mellouli a également reproché à l’ancien Premier ministre de méconnaître le contenu du texte. « Il faut qu’ils intègrent que l’Algérie est souveraine et qu’elle n’est plus une colonie », a-t-il déclaré.

La Grande Mosquée de Paris exprime son inquiétude

Dans un entretien publié jeudi 3 septembre, Chems-Eddine Hafiz a estimé que l’Algérie et l’islam revenaient dans le débat français « sous la forme d’un problème, d’une menace ou d’une confrontation ».

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris reconnaît la légitimité d’un débat sur la politique migratoire et la possibilité de renégocier un accord international. Il critique cependant le rapprochement entre immigration, Algérie, islamisme et port du voile dans la précampagne.

Concernant l’interdiction du foulard, il rappelle que la neutralité religieuse s’impose à l’État et à ses agents, mais pas de manière générale aux citoyens. « Ce que notre religion n’impose pas, aucune loi ne devrait l’interdire », affirme-t-il, en défendant la liberté de choix des femmes.