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Diaspora

Voile en France, Chems-Eddine Hafiz dénonce le projet du RN

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris s’oppose à la volonté du Rassemblement national d’interdire le voile dans l’espace public. Dans une tribune, Chems-Eddine Hafiz défend la liberté religieuse et dénonce une stigmatisation répétée des musulmans.

Voile en France, Chems-Eddine Hafiz dénonce le projet du RN
Crédit photo : D.R

Chems-Eddine Hafiz entre dans le débat sur le port du voile en France. Dans une tribune publiée samedi 12 septembre par Le Monde, le recteur de la Grande Mosquée de Paris répond au projet du Rassemblement national visant à sanctionner les femmes voilées dans l’espace public.

Avocat honoraire et recteur de l’institution depuis 2020, il conteste cette proposition sur les plans politique, juridique et social. Il estime qu’une interdiction générale dépasserait le cadre de la laïcité et porterait atteinte aux libertés individuelles.

Un rappel à la citoyenneté

Chems-Eddine Hafiz dénonce la place récurrente occupée par le foulard dans les controverses françaises sur les signes religieux. Selon lui, ces débats successifs entretiennent chez une partie des citoyens musulmans le sentiment d’être constamment considérés comme extérieurs à la communauté nationale.

Le recteur résume sa position dans une formule centrale de sa tribune : « Les musulmans de France ne sont pas les hôtes de la République. Ils en sont les citoyens ».

Il rappelle également l’histoire de la Grande Mosquée de Paris, inaugurée en 1926. L’institution avait notamment été voulue comme un témoignage de reconnaissance envers les soldats musulmans ayant combattu pour la France.

Pour Chems-Eddine Hafiz, les libertés accordées aux musulmans ne constituent donc pas une faveur. Elles relèvent des droits reconnus à l’ensemble des citoyens français.

Une contestation fondée sur la laïcité

Le recteur distingue la neutralité imposée à l’État et à ses agents de la liberté dont disposent les citoyens dans l’espace public. Il considère que la laïcité ne peut pas être utilisée pour effacer les convictions religieuses de la société.

La loi française du 9 décembre 1905 garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, sous réserve du respect de l’ordre public. Chems-Eddine Hafiz estime qu’une restriction visant un signe religieux particulier devrait répondre à une nécessité démontrée et rester proportionnée.

Il conteste également le rapprochement entre le foulard et les tenues dissimulant entièrement le visage. La loi du 11 octobre 2010 interdit de porter dans l’espace public une tenue destinée à cacher le visage. Elle ne prohibe pas, de manière générale, un foulard laissant celui-ci découvert.

La question des femmes contraintes

Chems-Eddine Hafiz reconnaît que certaines femmes peuvent subir des pressions pour se couvrir. Il juge que ces contraintes doivent être combattues, mais refuse de considérer l’amende comme une réponse adaptée.

Dans le cas d’un voile imposé, la femme subirait à la fois la pression exercée dans son environnement privé et la sanction des pouvoirs publics. Lorsqu’il est porté librement, l’interdiction reviendrait, selon lui, à supprimer le choix de la personne au nom même de son émancipation.

Le recteur défend ainsi une approche centrée sur la protection et l’autonomie des femmes. Il estime que les pouvoirs publics doivent poursuivre les auteurs de contraintes plutôt que sanctionner indistinctement celles qui portent un foulard.

Le référendum également contesté

Le Rassemblement national prévoit d’intégrer l’interdiction du voile dans l’espace public à son programme pour l’élection présidentielle de 2027. Le député Jean-Philippe Tanguy a confirmé que le parti envisageait une amende, tandis que la piste d’un référendum a été évoquée pour mettre en œuvre la mesure, selon Public Sénat.

Chems-Eddine Hafiz émet des réserves sur cette voie. Il souligne qu’une décision majoritaire ne suffit pas, selon lui, à écarter les protections attachées à la liberté de conscience, à la dignité et aux droits fondamentaux.

À ce stade, l’interdiction générale du voile dans l’espace public reste une proposition politique du RN. Elle ne constitue pas une mesure en vigueur et ses modalités juridiques ne sont pas arrêtées.

Le recteur appelle enfin à distinguer la lutte contre l’islamisme de la remise en cause de l’islam et des pratiques religieuses légales.