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Elaine Mokhtefi, témoin de l’Alger révolutionnaire, est morte

Journaliste, traductrice et militante anticolonialiste américaine, Elaine Mokhtefi est décédée vendredi 11 septembre à New York. Engagée aux côtés du FLN avant l’indépendance, elle avait ensuite travaillé à l’APS et participé au Festival panafricain d’Alger de 1969.

Elaine Mokhtefi, témoin de l’Alger révolutionnaire, est morte
Crédit photo : D.R

Elaine Mokhtefi s’est éteinte dans un hôpital de New York, la ville où avait commencé son engagement en faveur de la cause algérienne. Sa disparition a été annoncée vendredi par le cinéaste Ahmed Bedjaoui, avant d’être confirmée par les médias publics algériens et suivie d’hommages officiels.

L’Algérie Presse Service et le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit ont retenu l’âge de 98 ans. Plusieurs notices biographiques indiquent toutefois qu’Elaine Klein était née le 10 décembre 1928, ce qui correspond à 97 ans révolus au moment de son décès.

Du militantisme international au bureau du FLN

Née à New York, Elaine Klein s’intéresse très tôt aux questions de racisme, d’injustice et de domination coloniale. Installée à Paris au début des années 1950, elle côtoie des militants algériens et africains engagés dans les mouvements indépendantistes.

Son parcours prend un tournant décisif en 1958, lorsqu’elle rencontre Frantz Fanon et Mohamed Sahnoun lors d’une conférence panafricaine organisée à Accra, au Ghana. De retour aux États-Unis, elle rejoint en 1960 le bureau new-yorkais du Gouvernement provisoire de la République algérienne et du Front de libération nationale.

Elle contribue alors au travail de sensibilisation mené aux États-Unis en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Sa maîtrise des langues et sa connaissance des réseaux militants lui permettent de participer à l’action diplomatique et médiatique du FLN à New York.

Douze années dans l’Algérie indépendante

Après l’indépendance, Elaine Mokhtefi s’installe à Alger en 1962. Elle y reste pendant douze ans et travaille notamment comme journaliste et traductrice à l’Algérie Presse Service.

Elle prend le nom de Mokhtefi après son mariage avec Mokhtar Mokhtefi, écrivain et ancien membre de l’Armée de libération nationale. Celui-ci est décédé en 2015.

Dans l’Alger des premières années de l’indépendance, Elaine Mokhtefi évolue au contact de militants anticolonialistes, de représentants de mouvements de libération et de responsables politiques venus d’Afrique, d’Asie et des Amériques. La capitale algérienne occupe alors une place centrale dans les solidarités internationales liées aux luttes d’indépendance.

Au cœur du Festival panafricain de 1969

En 1969, Elaine Mokhtefi rejoint l’équipe chargée de l’organisation du premier Festival panafricain d’Alger. Elle participe notamment à l’accueil de délégations représentant des mouvements de libération du Mozambique, d’Angola et d’Afrique du Sud.

Elle accompagne également les membres du Black Panther Party installés ou de passage en Algérie. Grâce à son expérience et à sa maîtrise de l’anglais et du français, elle intervient comme traductrice et intermédiaire auprès des autorités algériennes.

Cette période constitue le cœur de son ouvrage Alger, capitale de la révolution. De Fanon aux Black Panthers, version française de ses mémoires publiées initialement en anglais en 2018. Le livre retrace de l’intérieur le rôle joué par Alger dans les mouvements révolutionnaires et anticolonialistes des années 1960. Son éditeur américain la présente comme une autrice ayant longtemps vécu en France et en Algérie, où elle a exercé comme journaliste et traductrice.

La nationalité algérienne accordée en 2025

Le président Abdelmadjid Tebboune lui avait accordé la nationalité algérienne en 2025, consacrant officiellement une relation avec l’Algérie nouée plusieurs décennies auparavant. Cette décision avait été saluée comme une reconnaissance de son engagement auprès du mouvement indépendantiste et de sa contribution à la mémoire de la Révolution.

Après l’annonce de son décès, le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a adressé ses condoléances à sa famille et à ses proches. Dans son hommage, il a rappelé le parcours d’une militante liée à la Révolution algérienne et engagée dans les combats anticoloniaux.

La disparition d’Elaine Mokhtefi prive l’Algérie de l’un des derniers témoins directs de son rayonnement panafricain et révolutionnaire après 1962.