La crise entre Paris et Alger a aussi laissé des traces sur le terrain économique. Dans une note publiée en septembre 2026 et consacrée à la relation franco-algérienne, l’Institut Montaigne fait état d’environ 600 faillites parmi les entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie au cours de l’année 2025.
Intitulée France-Algérie, sortir de l’émotion, l’étude est signée Michel Duclos et Augustin Motte. Elle analyse notamment les conséquences économiques de la période de fortes tensions diplomatiques ouverte à l’été 2024.
Le chiffre des 600 faillites doit toutefois être interprété avec précaution. La note les situe pendant la crise de 2025, mais les éléments publics disponibles ne permettent pas d’établir que chacune de ces défaillances a été directement provoquée par les tensions entre les deux États.
Des milliers d’entreprises exposées au marché algérien
L’Institut Montaigne évoque environ 5 000 entreprises françaises exportant vers l’Algérie. Parmi elles, près d’un tiers réaliserait plus du quart de son chiffre d’affaires grâce au marché algérien, ce qui les rend particulièrement sensibles à une contraction brutale des échanges.
Les dernières données officielles françaises donnent un ordre de grandeur légèrement supérieur. Une fiche de France Diplomatie recensait environ 5 700 opérateurs français à l’exportation vers l’Algérie en 2025, contre 5 200 en 2024. Cette différence peut notamment tenir au périmètre statistique retenu.
À l’échelle nationale, la Banque de France a recensé 68 602 procédures de défaillance d’entreprises en 2025, soit une hausse de 3,6 % sur un an. Elle explique cette situation par plusieurs facteurs économiques et financiers, sans établir de lien particulier avec le marché algérien.
Les 600 faillites avancées par l’Institut Montaigne constituent donc un indicateur de la vulnérabilité de certains exportateurs exposés à l’Algérie, mais ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer l’effet propre de la crise diplomatique.
Le commerce franco-algérien a fortement reculé
Les données officielles confirment en revanche une nette contraction des échanges entre les deux pays en 2025.
Le commerce bilatéral s’est établi à 9,4 milliards d’euros, contre 11,1 milliards en 2024, soit une baisse de 14,8 %. Les exportations françaises vers l’Algérie sont tombées à 4,2 milliards d’euros, contre 4,8 milliards un an auparavant. La France a, de son côté, importé pour environ 5,2 milliards d’euros de produits algériens.
La baisse s’est poursuivie par la suite. Entre juillet 2025 et juin 2026, le volume des échanges sur douze mois est descendu à environ 8,9 milliards d’euros. Les exportations françaises représentaient quelque 4 milliards d’euros sur cette période.
Cette contraction ne s’explique pas uniquement par la crise diplomatique. Les autorités françaises mentionnent également la baisse du prix des hydrocarbures, tandis que les mesures algériennes de contrôle des importations ont pesé sur plusieurs secteurs.
Les produits agricoles et agroalimentaires français ont notamment enregistré un fort recul en 2025. Les hydrocarbures restent, à l’inverse, largement majoritaires dans les importations françaises en provenance d’Algérie.
Une crise ouverte à l’été 2024
Les tensions se sont fortement aggravées après l’évolution de la position française sur le Sahara occidental. Le 30 juillet 2024, Emmanuel Macron avait indiqué que, pour la France, « le présent et l’avenir » du territoire s’inscrivaient dans le cadre de la souveraineté marocaine et que le plan d’autonomie proposé par Rabat constituait la base d’une solution politique.
Alger avait vivement réagi à cette évolution. Le ministère français des Affaires étrangères reconnaît lui-même qu’elle a marqué le début d’une période de tensions particulièrement fortes, accompagnée notamment du retrait de l’ambassadeur algérien à Paris, d’un ralentissement des coopérations et de difficultés rencontrées par certains acteurs économiques français.
Depuis le début de l’année 2026, plusieurs rencontres ministérielles ont néanmoins permis la reprise d’un dialogue entre les deux capitales. Des responsables français se sont rendus en Algérie, tandis que le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, s’est déplacé à Paris en juin.
La concurrence progresse sur le marché algérien
Le recul français intervient aussi dans un contexte de diversification des partenaires économiques de l’Algérie. L’Institut Montaigne souligne notamment la progression d’acteurs chinois, turcs et italiens sur plusieurs marchés où les entreprises françaises occupaient historiquement une place importante.
Le secteur automobile en offre une illustration. L’usine Renault d’Oran est à l’arrêt depuis 2020, après le blocage des importations de composants nécessaires à la production. Renault Group indique toujours sur son site que le site attend les nouvelles conditions permettant une reprise de l’activité industrielle.
Michelin a également décidé début 2025 de fermer son agence commerciale en Algérie, dans un contexte marqué par les restrictions sur les importations et l’évolution du modèle économique algérien en faveur de la production locale.
Toutes les entreprises françaises ne se désengagent toutefois pas. Société Générale Algérie a notamment inauguré en 2026 un nouveau siège social dans le quartier d’affaires de Bab Ezzouar, à Alger.
