L’Algérie accélère dans les énergies renouvelables. À mesure que les nouvelles centrales photovoltaïques entrent en service, le pays se rapproche d’un changement d’échelle qui pourrait profondément modifier son mix électrique au cours des prochaines années.
Dans son dernier panorama du marché africain des énergies renouvelables, Mordor Intelligence prévoit pour l’Algérie un taux de croissance annuel composé de 42,51 % entre 2026 et 2031. Il s’agit du rythme le plus élevé annoncé par le cabinet parmi les marchés africains étudiés.
Une autre étude de Mordor Intelligence consacrée exclusivement à l’Algérie, actualisée fin juillet, avance même une progression de 45,60 % sur la même période. Selon cette projection, la capacité renouvelable passerait de 2,23 GW en 2026 à 14,59 GW en 2031.
Le solaire au cœur de l’accélération
Cette progression repose d’abord sur le vaste programme photovoltaïque engagé par l’État. Le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables rappelle que l’objectif national porte sur 15 000 MW de solaire photovoltaïque à l’horizon 2035.
La première étape concerne 3 200 MW de capacités actuellement en cours de réalisation dans plusieurs régions du Sud et des Hauts Plateaux. Dans une mise à jour publiée le 16 septembre 2026, le ministère confirme que ce programme reste en phase d’exécution et qu’il doit progressivement renforcer le parc électrique renouvelable du pays.
Deux centrales de 200 MW chacune ont déjà marqué une étape importante en 2026. Situées à Tendla, dans la wilaya d’El Meghaier, et à El Ghrous, dans la wilaya de Biskra, elles représentent une capacité cumulée de 400 MW. Leur mise en service avait été annoncée en avril par le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal.
Le gouvernement avait alors indiqué vouloir mettre en service plus de 1 400 MW de capacités supplémentaires au cours de l’année 2026. Ces installations constituent une partie de la première tranche de 3,2 GW.
Le portail du Centre de développement des énergies renouvelables évoquait début août une finalisation de cette première phase au début de l’année 2027, avant le lancement de la suite du programme devant conduire aux 15 GW prévus en 2035.
Le seuil du gigawatt à manier avec prudence
Plusieurs publications récentes présentent désormais l’Algérie comme ayant franchi ou approché le seuil symbolique du gigawatt de solaire installé. Les données disponibles ne permettent toutefois pas de fixer avec certitude une date unique pour ce franchissement.
Sonelgaz recensait encore 383,1 MW de photovoltaïque dans son parc à la fin de 2024. Après l’entrée en service des deux centrales de Biskra et d’El Meghaier, la publication spécialisée MEES estimait en mai 2026 la capacité solaire algérienne à un peu plus de 800 MW.
Un potentiel encore loin d’être entièrement exploité
Cette accélération intervient alors que le gaz naturel continue de dominer très largement la production électrique nationale. Le développement du photovoltaïque répond donc à plusieurs objectifs.
Il doit d’abord accompagner la hausse de la consommation intérieure sans accroître au même rythme l’utilisation de gaz dans les centrales électriques. Les volumes ainsi préservés peuvent être consacrés à d’autres usages ou aux exportations.
Le solaire constitue également un moyen de diversifier un système électrique encore très dépendant des hydrocarbures. Mordor Intelligence estime que cette transition sera favorisée par l’important niveau d’ensoleillement du pays, le développement de nouveaux projets et la perspective de débouchés énergétiques vers l’Europe.
Mais le passage des projets annoncés aux capacités effectivement raccordées restera déterminant. Les infrastructures électriques, le financement, le stockage et la capacité du réseau à accueillir une production renouvelable beaucoup plus importante font partie des principaux enjeux identifiés par les acteurs du secteur.
L’hydrogène vert ouvre un deuxième front
Au-delà de la production d’électricité, Alger veut également utiliser son potentiel solaire et éolien pour développer une filière d’hydrogène renouvelable.
Cette stratégie est directement liée au marché européen. L’Algérie participe au projet SoutH2 Corridor, destiné à créer un axe de transport de l’hydrogène entre l’Afrique du Nord et l’Europe via la Tunisie, l’Italie et l’Autriche, jusqu’au sud de l’Allemagne.
En janvier 2025, l’Algérie, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la Tunisie ont signé une déclaration politique commune en faveur du développement de ce corridor.
Berlin et Alger avaient déjà renforcé leur coopération en créant une task force bilatérale sur l’hydrogène. Le gouvernement allemand rappelait alors que l’Algérie ambitionnait de devenir un fournisseur important du marché européen et de couvrir à terme une partie de la demande de l’Union européenne.
La stratégie algérienne prévoit une montée en puissance progressive, d’abord à travers des projets pilotes, avant un développement industriel destiné au marché national et aux exportations.
L’Europe comme débouché stratégique
L’intérêt européen pour l’hydrogène algérien s’explique notamment par les besoins attendus du continent au cours des prochaines décennies. L’Allemagne estime à elle seule que 50 à 70 % de ses besoins en hydrogène et dérivés pourraient devoir être couverts par des importations dès 2030.
L’Algérie dispose, dans cette perspective, de plusieurs atouts : un important potentiel solaire, sa proximité géographique avec l’Europe et des infrastructures gazières déjà tournées vers la Méditerranée.
Cette ambition reste néanmoins liée à la réalisation effective de nouvelles capacités renouvelables. La production massive d’hydrogène vert exige en effet de très grandes quantités d’électricité décarbonée.
Le programme solaire des 15 GW et les projets d’hydrogène apparaissent ainsi étroitement liés. Le premier doit permettre de transformer progressivement le mix électrique algérien, tandis que le second pourrait ouvrir un nouveau débouché énergétique à l’exportation.
À l’horizon 2031, les projections de Mordor Intelligence placent donc l’Algérie parmi les marchés renouvelables africains appelés à évoluer le plus rapidement.
