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Hydrogène l’Algérie réunit ses partenaires pour faire avancer le corridor SoutH2

Alger doit accueillir jeudi 1er octobre une réunion ministérielle consacrée au corridor SoutH2, destiné à transporter de l’hydrogène renouvelable depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe. L’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne doivent notamment examiner l’avancement du projet et ses prochaines étapes techniques et financières.

Hydrogène l’Algérie réunit ses partenaires pour faire avancer le corridor SoutH2
Crédit photo : D.R

Le projet SoutH2 revient au centre des discussions à Alger. Les représentants des cinq pays partenaires doivent se retrouver jeudi 1er octobre dans la capitale algérienne pour une deuxième réunion ministérielle consacrée à ce futur corridor énergétique entre l’Afrique du Nord et l’Europe.

L’objectif est de faire le point sur un projet encore en phase de développement. SoutH2 doit permettre, à terme, d’acheminer de l’hydrogène renouvelable produit notamment en Algérie et en Tunisie vers l’Italie, puis l’Autriche et l’Allemagne.

Une deuxième réunion après celle de Rome

La rencontre d’Alger prolonge le processus politique lancé entre les cinq pays. Une première réunion ministérielle s’était tenue à Rome le 21 janvier 2025, à l’issue de laquelle l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne avaient signé une déclaration commune d’intention en faveur du développement du corridor.

Ce document avait marqué l’intégration formelle de l’Algérie et de la Tunisie à la coopération autour du SoutH2. Il s’agissait cependant d’un engagement politique destiné à poursuivre le développement du projet et non d’une décision actant la construction immédiate de l’ensemble des infrastructures.

Depuis, les échanges se sont poursuivis entre gouvernements, opérateurs énergétiques et institutions européennes.

Le 30 août dernier, le ministre algérien de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, avait déjà présidé à Alger une réunion préparatoire consacrée à la rencontre ministérielle sur le corridor.

Quelques mois auparavant, le ministère avait également indiqué vouloir réunir en Algérie les pays concernés afin de prendre les décisions nécessaires à l’avancement du projet.

Relier l’Algérie aux marchés européens

Le principe du SoutH2 repose sur la constitution d’une chaîne reliant les capacités de production d’hydrogène renouvelable d’Afrique du Nord aux grands marchés industriels européens.

Le tracé doit passer par la Tunisie et l’Italie avant de se poursuivre vers l’Autriche et l’Allemagne. Une partie des infrastructures gazières existantes pourrait être reconvertie pour transporter de l’hydrogène, parallèlement à la construction de nouvelles installations.

L’enjeu est important pour Alger. Le développement d’une filière hydrogène permettrait à l’Algérie de diversifier progressivement ses exportations énergétiques, aujourd’hui largement dominées par les hydrocarbures, tout en utilisant son expérience dans les infrastructures de transport de gaz vers l’Europe.

La Commission européenne présente elle aussi le corridor comme un projet destiné à rapprocher les capacités de production nord-africaines des marchés européens et à soutenir la décarbonation de plusieurs pôles industriels.

Les études de faisabilité ont commencé

Le projet reste néanmoins loin du stade de l’exploitation commerciale. La Commission européenne indique que les opérateurs de réseaux de transport ont engagé des études de faisabilité et que les premiers projets liés à la production d’hydrogène sont en cours de développement en Algérie et en Tunisie.

Plusieurs segments européens disposent déjà d’un statut leur permettant de bénéficier d’un soutien réglementaire et, sous conditions, de financements européens.

En Italie, le projet de dorsale hydrogène développé par Snam prévoit par exemple la conversion ou la création d’infrastructures destinées à connecter le sud du pays au réseau européen. L’Union européenne a accordé 24 millions d’euros au projet italien pour financer des études de faisabilité, des travaux préparatoires et des évaluations techniques.

Le financement reste l’un des principaux dossiers

La réunion prévue à Alger doit justement permettre d’examiner les prochaines étapes techniques et financières. Cet aspect est déterminant pour passer des engagements politiques à la réalisation effective des infrastructures.

La Commission européenne reconnaît que le marché de l’hydrogène se trouve encore à un stade précoce. Dans sa feuille de route sur les infrastructures énergétiques, elle souligne la nécessité de poursuivre le travail permettant de réduire les risques pesant sur les investissements liés au SoutH2.

Les contrats à long terme avec les futurs acheteurs européens constituent également un enjeu. Sans visibilité sur les volumes qui seront effectivement achetés et sur leur prix, la mobilisation des investissements nécessaires à une infrastructure de cette ampleur reste complexe.

L’Algérie cherche à développer sa production

Pour Alger, le corridor ne peut fonctionner sans développement parallèle d’une filière nationale de production d’hydrogène renouvelable.

Des projets pilotes et des partenariats sont déjà engagés. L’Algérie coopère notamment avec l’Allemagne autour de l’hydrogène vert, tandis que des entreprises allemandes ont récemment manifesté leur intérêt pour les possibilités d’investissement liées au SoutH2 et à la production algérienne.

Le ministère de l’Énergie a également souligné que le développement de cette filière nécessitait une visibilité suffisante sur la future demande européenne. Il considère la coordination entre gouvernements, industriels et acteurs financiers comme une condition importante pour permettre aux projets de se concrétiser.

Le chantier dépasse en effet le seul gazoduc. Une production à grande échelle suppose également des capacités supplémentaires dans les énergies renouvelables, des électrolyseurs, des installations de traitement et de stockage ainsi que les équipements permettant d’injecter et d’acheminer l’hydrogène.

Prudence sur les chiffres et le calendrier

Plusieurs estimations circulent sur la longueur totale du corridor, ses capacités futures et sa date de mise en service. Les documents et articles consacrés au projet ne retiennent pas toujours les mêmes périmètres, certains chiffres concernant uniquement les infrastructures européennes quand d’autres prennent en compte l’ensemble de la liaison depuis l’Afrique du Nord.

Les autorités italiennes avaient évoqué en 2025 un corridor de plus de 3 300 kilomètres. Mais l’état actuel du projet ne permet pas de présenter cette donnée comme la longueur définitivement arrêtée de l’ensemble des infrastructures qui seront effectivement réalisées.

Même prudence concernant le calendrier. Si le début des années 2030 a été évoqué comme horizon pour certaines composantes du SoutH2, aucun calendrier définitif et consolidé couvrant l’ensemble du projet n’a été rendu public dans les annonces disponibles avant la réunion d’Alger.

Alger attend désormais des avancées concrètes

La rencontre du 1er octobre doit donc permettre de mesurer le chemin parcouru depuis la déclaration politique signée à Rome et, surtout, d’identifier les étapes encore nécessaires avant toute mise en service.

Les discussions devraient porter sur les infrastructures, les études, les mécanismes de financement et la coordination entre les cinq pays. Aucun accord final sur le financement global ni calendrier définitif de réalisation n’était annoncé à la veille de la réunion.

Pour l’Algérie, l’enjeu est de transformer son potentiel de production et sa position de fournisseur énergétique de l’Europe en une nouvelle filière d’exportation.