Jordan Bardella affirme qu’aucune banque française n’a accepté, à ce stade, de financer la campagne présidentielle du Rassemblement national.
À moins de huit mois du premier tour, le Rassemblement national n’a toujours pas sécurisé le prêt nécessaire au préfinancement de sa campagne présidentielle. Jordan Bardella l’a reconnu samedi 29 août sur BFMTV, sans annoncer d’accord bancaire alternatif ni de garantie ferme obtenue à l’étranger.
Bardella appelle les banques à « la responsabilité »
Interrogé sur les assurances dont disposerait désormais le RN, Jordan Bardella a confirmé que les recherches se poursuivaient : « Au moment où je vous parle, aucune banque française n’a répondu favorablement. Aucune. Aucune. Alors que d’autres candidats à l’élection présidentielle, je crois M. Philippe d’ailleurs, est accompagné dans sa campagne par une banque, par l’intermédiaire d’un prêt. Il serait profondément inquiétant pour le fonctionnement de la démocratie française que le mouvement politique qui est aujourd’hui donné en tête dans tous les sondages et gagnant dans toutes les intentions de vote de cette élection présidentielle, dans une grande démocratie comme la France, ne puisse pas trouver de financement en France ou en Europe. Donc nous continuons à chercher, et j’appelle aussi les tenants du système bancaire à la responsabilité. »
Le dirigeant du RN présente cette difficulté comme une question d’égalité entre les candidats. Il cite Édouard Philippe, qui aurait obtenu un prêt pour préparer sa campagne, sans préciser l’identité de l’établissement concerné ni les conditions de cet emprunt.
Pourquoi le RN a besoin d’un prêt
Une campagne présidentielle impose d’engager des dépenses importantes plusieurs mois avant le scrutin : locations de salles, déplacements, affiches, réunions publiques, salaires, communication numérique ou encore production de matériel électoral.
L’État rembourse ensuite une partie des dépenses, mais seulement après l’élection et après validation du compte par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Un parti doit donc disposer, en amont, d’une trésorerie suffisante pour avancer les sommes.
La période officielle de financement de la présidentielle a commencé le 1er avril 2026. Le premier tour est programmé le 18 avril 2027 et le second le 2 mai.
Les dépenses sont plafonnées à environ 16,9 millions d’euros pour un candidat présent au premier tour et à 22,5 millions pour les deux finalistes. Le remboursement public dépend du résultat obtenu, du montant réellement dépensé et, surtout, de l’approbation du compte de campagne.
Les banques invoquent des risques financiers
Le refus de financer des campagnes présidentielles ne concerne pas exclusivement le Rassemblement national. Plusieurs établissements considèrent ces opérations comme trop incertaines.
Olivier Gavalda, dirigeant du Crédit agricole et futur président de la Fédération bancaire française, a expliqué que les prêteurs ne pouvaient jamais être totalement certains d’être remboursés. Deux risques sont principalement avancés : un résultat électoral insuffisant et une invalidation ultérieure des comptes.
La Fédération bancaire française reconnaît elle-même que l’accès au crédit constitue un problème démocratique dépassant le seul cas du RN. Elle souhaite que l’État apporte des garanties afin de réduire le risque supporté par les établissements.
Le précédent du prêt européen de 2022
Le parti avait déjà rencontré des difficultés comparables lors de la précédente présidentielle. En 2022, Marine Le Pen avait finalement obtenu un prêt de 10,6 millions d’euros auprès d’un établissement bancaire européen, trois mois seulement avant le premier tour.
Cette dépendance à un prêteur étranger avait nourri les critiques sur le financement des campagnes françaises. Depuis, les pouvoirs publics cherchent à concilier deux impératifs : permettre aux principales candidatures de disposer des moyens nécessaires et éviter qu’elles deviennent dépendantes d’intérêts extérieurs.
Dès avril, des responsables du RN reconnaissaient déjà effectuer « le tour des banques françaises ». Quatre mois plus tard, la déclaration de Jordan Bardella confirme qu’aucun accord n’a encore abouti.
