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Ségolène Royal s’oppose au projet du RN d’interdire le voile

Candidate à la primaire du Parti socialiste et de Place publique, Ségolène Royal rejette la volonté du Rassemblement national d’interdire le voile dans l’espace public. Elle met en garde contre un risque de tensions sociales et défend le libre choix des femmes.

Crédit photo : Facebook Ségolène Royal

Candidate à la primaire du Parti socialiste et de Place publique, Ségolène Royal rejette la volonté du Rassemblement national d’interdire le voile dans l’espace public. Elle met en garde contre un risque de tensions sociales et défend le libre choix des femmes.

Le voile s’installe dans la campagne présidentielle française. Invitée mercredi 2 septembre du Face-à-Face de BFMTV-RMC, Ségolène Royal a vivement critiqué le projet du Rassemblement national visant à sanctionner d’une amende les femmes portant un voile dans l’espace public.

Trois jours auparavant, le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy avait confirmé que cette mesure serait appliquée en cas de victoire de son parti à l’élection présidentielle de 2027. Le projet figurait déjà dans les précédents programmes présidentiels de Marine Le Pen.

Ségolène Royal, qui participe à la primaire de la gauche social-démocrate, a résumé sa position par une formule répétée à plusieurs reprises : « Laissons les femmes tranquilles. » Le scrutin organisé par le PS et Place publique doit se tenir les 9 et 10 octobre, puis les 16 et 17 octobre en cas de second tour.

Le risque d’une fracture sociale

L’ancienne candidate à l’élection présidentielle conteste d’abord l’utilité de la mesure défendue par le RN. « Est-ce que c’est bon pour le pays ? », a-t-elle demandé, avant d’évoquer le cas d’« une maman avec un foulard sur la tête, qui emmène son enfant à l’école » et qui serait « interpellée pour payer une amende ».

Selon elle, une telle scène aurait des répercussions dépassant largement le cadre d’une contravention. Ségolène Royal redoute notamment que cette image circule à l’étranger et détériore la perception de la France.

« D’abord, il y aura des révoltes sociales dans les quartiers », a-t-elle prédit. Elle anticipe également « une levée de boucliers chez les pays arabes », qui pourraient, selon elle, s’interroger sur ce que serait devenue la France.

Ces conséquences restent des projections politiques formulées par la candidate. Aucun élément ne permet à ce stade d’affirmer que l’adoption d’une telle mesure provoquerait les réactions qu’elle décrit.

Ségolène Royal a également invoqué les relations économiques et diplomatiques de Paris avec plusieurs États du Golfe. Elle a cité le Qatar, qui « continue à s’occuper du Paris Saint-Germain », ainsi que les investissements saoudiens recherchés par la France. Elle y voit une contradiction avec la volonté de sanctionner les femmes voilées dans l’espace public.

« Laissons les femmes tranquilles »

Pour l’ancienne ministre, l’interdiction pourrait produire un effet contraire à celui recherché. Elle estime que des jeunes femmes ne portant pas actuellement le voile pourraient décider de le mettre pour manifester leur opposition au projet.

« Je pense qu’il y aura un mouvement social, c’est-à-dire des jeunes filles qui ne mettent pas le voile vont le remettre et vont faire des manifestations », a-t-elle déclaré. Elle a ensuite dénoncé un débat dans lequel des responsables politiques se prononcent une nouvelle fois sur la manière dont les femmes s’habillent.

Ségolène Royal refuse également de considérer que toutes les femmes voilées seraient soumises à une contrainte. Pour celles qui seraient forcées de se couvrir, elle privilégie l’éducation et l’autonomie.

« La réponse, c’est l’éducation, et puis c’est le respect aussi de ce libre choix », a-t-elle affirmé. Son argument consiste à permettre aux femmes de décider elles-mêmes, plutôt qu’à leur imposer une interdiction générale.

Une comparaison avec la pédocriminalité

La candidate a ensuite relié le débat à la protection de l’enfance, qu’elle présente comme une priorité de sa campagne. Ses propos interviennent alors que le secteur périscolaire parisien est touché par des accusations de violences sexuelles, physiques et psychologiques.

Ségolène Royal a formulé une comparaison particulièrement brutale : « Je préfère une femme qui a un foulard sur la tête et qui garde les enfants qu’un pédophile, pédocriminel. »

Interrogée sur le rapprochement entre ces deux sujets, elle l’a assumé. « Il faut comparer», a-t-elle répondu, estimant que les pouvoirs publics ne devaient pas se montrer « plus sévères avec une femme qui porte un foulard qu’avec un pédocriminel qui viole des enfants ».

L’ancienne ministre affirme que les responsables politiques devraient concentrer leur action sur la sécurité des mineurs. Elle accuse le RN d’être « un facteur de révolte sociale » et dit vouloir défendre « la paix sociale, le respect des mamans, le respect des enfants ».

Elle reproche enfin à ses adversaires d’« instrumentaliser une fois de plus la façon dont les femmes s’habillent pour servir des idéologies pernicieuses ».

Le RN maintient le principe d’une amende

Jean-Philippe Tanguy avait confirmé dimanche 30 août que les discussions internes au Rassemblement national avaient abouti. « Ça a été tranché », avait déclaré le député sur BFMTV.

Il a soutenu que l’interdiction serait approuvée par « 60 % à 70 % de Françaises et de Français ». Ce chiffre a été avancé par le parlementaire pour défendre la position de son parti. Il considère que le voile ne relève pas uniquement d’une liberté vestimentaire, mais constitue le signe d’une idéologie contraire à la conception française de la société.

Le député de la Somme a présenté la sanction envisagée comme une contravention. « S’il y a des femmes qui portent le voile alors qu’il est interdit, elles auront une amende », a-t-il expliqué, en comparant cette mesure à celle appliquée aux automobilistes ne portant pas leur ceinture de sécurité.