Paris prépare l’interdiction du commerce de biens avec les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. La France s’inscrit dans une initiative réunissant douze pays, dont le Royaume-Uni et le Canada, face à l’expansion des colonies et aux violences contre les Palestiniens.
La pression diplomatique s’accentue sur le gouvernement israélien. La France a annoncé mardi 8 septembre son intention de mettre fin au commerce de biens avec les colonies établies dans les territoires palestiniens occupés.
« La France va mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes situées dans les Territoires palestiniens occupés », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans un message publié sur X.
Une initiative soutenue par douze pays
La France agit aux côtés du Royaume-Uni, du Canada, du Danemark, de l’Espagne, de la Finlande, de l’Irlande, de l’Islande, de la Norvège, de la Pologne, du Portugal et de la Suède.
Dans leur déclaration commune, les douze gouvernements annoncent leur intention d’adopter des restrictions nationales, de soutenir des mesures européennes ou d’étudier d’autres dispositifs visant le commerce avec les colonies.
Les engagements ne sont donc pas identiques dans tous les pays. La France, le Royaume-Uni et le Canada ont toutefois annoncé leur volonté de présenter des mesures nationales pour interdire le commerce de biens provenant des colonies.
Les trois pays ont également salué les initiatives déjà engagées par l’Irlande, l’Espagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Belgique.
L’expansion des colonies mise en cause
Jean-Noël Barrot justifie la décision française par la détérioration rapide de la situation en Cisjordanie. Le ministre évoque une accélération de la colonisation et une augmentation des violences commises par des colons contre les Palestiniens.
Les signataires dénoncent également la publication d’appels d’offres pour le projet de colonie E1. Ce programme suscite une forte opposition internationale, car sa réalisation risquerait d’isoler davantage Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et de fragiliser la continuité territoriale d’un futur État palestinien.
Pour les douze pays, la politique menée par le gouvernement israélien compromet la perspective d’une solution à deux États. Ils demandent à Israël de mettre fin à l’expansion des colonies, de poursuivre les auteurs de violences et d’enquêter sur les accusations visant les forces israéliennes.
La déclaration réaffirme parallèlement la reconnaissance des intérêts légitimes d’Israël en matière de sécurité. Elle condamne l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre et rappelle l’engagement des signataires contre l’antisémitisme.
Une mesure qui ne vise pas l’ensemble du commerce avec Israël
L’interdiction annoncée par Paris doit porter sur les produits provenant des colonies israéliennes, et non sur la totalité des échanges commerciaux avec Israël. Une source diplomatique française citée par Reuters a ainsi précisé qu’il ne s’agissait pas d’un boycott de l’État d’Israël.
La délimitation concrète des marchandises concernées, les règles de traçabilité et la date d’entrée en vigueur devront encore être précisées. À ce stade, la France a annoncé le lancement d’une procédure, mais aucune interdiction immédiatement applicable n’a été publiée.
Le Royaume-Uni a déjà détaillé son propre dispositif. Londres prévoit d’interdire les importations de biens fabriqués dans les colonies et de restreindre certains services liés à leur développement. Selon Associated Press, son entrée en vigueur est attendue dans un délai de six à neuf mois.
Le débat européen relancé
La France défendait depuis plusieurs semaines une réponse à l’échelle de l’Union européenne. Les discussions n’avaient cependant pas permis de réunir la majorité nécessaire, notamment en raison de l’opposition allemande.
Huit membres de l’Union européenne figurent parmi les douze signataires de la nouvelle déclaration. Leur engagement commun renforce la demande de restrictions européennes, sans constituer pour autant une décision de l’UE.
