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Football féminin en Algérie, le Mondial 2027 ouvre une nouvelle ère

Première qualification pour une Coupe du monde, médaille de bronze à la CAN 2026, clubs locaux en pleine mutation : le football féminin algérien vient de franchir un cap majeur. Derrière les Vertes de Farid Benstiti, la JS Kabylie de Naïma Laouadi et le CF Akbou donnent corps à un mouvement encore fragile, mais désormais impossible à ignorer.

Crédit photo : Fédération Algérienne de Football - FACEBOOK

Première qualification pour une Coupe du monde, médaille de bronze à la CAN 2026, clubs locaux en pleine mutation : le football féminin algérien vient de franchir un cap majeur. Derrière les Vertes de Farid Benstiti, la JS Kabylie de Naïma Laouadi et le CF Akbou donnent corps à un mouvement encore fragile, mais désormais impossible à ignorer.

Il y a des victoires qui dépassent le tableau d’affichage. Le 8 août 2026, au stade Moulay-Rachid de Casablanca, le coup de sifflet final du quart de finale contre la Côte d’Ivoire a fait entrer les Algériennes dans une autre dimension. Menées, bousculées, puis victorieuses 2-1, elles ont gagné leur première place dans le dernier carré continental. Surtout, elles ont obtenu le billet direct réservé aux quatre demi-finalistes africains pour la Coupe du monde 2027 au Brésil.

L’Algérie participera donc, pour la première fois, à une phase finale mondiale féminine. Cette qualification ne tombe pas du ciel. Elle prolonge le premier quart de finale atteint un an auparavant, récompense la reconstruction de la sélection et donne une portée nouvelle au travail réalisé dans le championnat national. Le défi commence maintenant : transformer une performance historique en projet durable.

Un quart de finale qui change l’histoire

La CAN 2026 a montré une équipe algérienne plus ambitieuse et plus dangereuse que lors de l’édition précédente. Les Vertes ont d’abord dominé le Sénégal 2-0, grâce à Marine Dafeur et Mélissa Bethi. Elles ont ensuite résisté longtemps au Maroc avant de céder sur un but inscrit à la 84e minute, puis ont assuré leur qualification en battant le Kenya 2-0. Avec six points, deux victoires et quatre buts marqués en phase de groupes, elles ont établi leur meilleur bilan à ce stade de la compétition.

Le vrai basculement s’est produit contre la Côte d’Ivoire. Inès Konan a ouvert le score à la 30e minute, avant l’expulsion de l’Ivoirienne Habibou Ouédraogo à l’approche de la pause. Farid Benstiti a alors modifié son animation offensive. Entrée à la mi-temps, Inès Khiri a égalisé à la 58e minute. Après un penalty manqué par Rebecca Elloh, Amira Ould Braham a conclu une passe de Marine Dafeur à la 64e. L’Algérie a ensuite protégé son avantage avec le sang-froid qui avait déjà marqué son parcours précédent. Cette victoire a offert aux Vertes leur première demi-finale africaine et leur qualification directe pour le Mondial 2027.

Le Malawi a arrêté leur course vers la finale en s’imposant 3-1. Réduites à dix dès la 22e minute après l’expulsion de Morgane Belkhiter, les Algériennes n’ont pas réussi à contenir les sœurs Chawinga, malgré le but d’Ikram Adjabi.

Elles ont pourtant trouvé les ressources pour terminer sur le podium. Lors du match pour la troisième place, le Maroc a pris l’avantage avant que Lina Boussaha n’égalise à la 83e minute. Les Vertes se sont ensuite imposées 3-2 aux tirs au but, Inès Belloumou transformant la tentative décisive. Ce premier bronze continental a été complété par le Prix du fair-play.

La reconnaissance a aussi été individuelle. Inès Belloumou et Marine Dafeur ont été retenues dans l’équipe type officielle de la CAN 2026

Farid Benstiti donne une direction au projet

Arrivé à la tête de la sélection en 2023, Farid Benstiti disposait déjà d’une solide expérience du très haut niveau féminin. L’ancien entraîneur de l’Olympique lyonnais, du Paris Saint-Germain et de Reign FC, aux États-Unis, a apporté une méthode, un réseau et surtout une ligne directrice.

Son chantier a consisté à réunir des joueuses formées en Algérie et des internationales issues de la diaspora autour d’une identité commune. La présence de cadres comme Chloé N’Gazi, Inès Belloumou, Marine Dafeur, Lina Boussaha ou Roselène Khezami a élevé le niveau de concurrence. Sept nouvelles joueuses ont encore été intégrées pour la CAN 2026, sans casser l’ossature construite lors de l’édition précédente.

Le sélectionneur avait résumé la raison de son engagement dans un entretien accordé à la CAF : « Il y avait un vrai projet de développement autour de l’équipe nationale, avec la volonté de la professionnaliser. » Cette promesse de structure a compté pour convaincre des joueuses évoluant dans plusieurs championnats étrangers de rejoindre les Vertes.

La JS Kabylie renaît sous l’impulsion de Naïma Laouadi

La trajectoire de la JS Kabylie montre ce que peut produire un projet local clairement dirigé. La section féminine, pionnière et championne d’Algérie en 1999 puis en 2002, avait disparu du paysage du club en 2009. Relancée en 2023, elle est repartie du troisième niveau national. Deux promotions plus tard, elle s’est installée parmi les meilleures équipes du pays.

La saison 2024-2025 a été spectaculaire. Sous les ordres de l’ancienne internationale Naïma Laouadi, les joueuses de Tizi Ouzou ont remporté leurs 16 rencontres de championnat régional, marqué 128 buts et n’en ont concédé qu’un. Encore pensionnaire de l’échelon inférieur, la JSK a ensuite battu le CF Akbou 3-1 en finale de la Coupe d’Algérie 2025.

Pour sa première saison de retour dans l’élite, le club a poursuivi son ascension et terminé dauphin du CF Akbou. Surtout, il a conservé la Coupe d’Algérie en avril 2026 en battant l’Afak Relizane 1-0 sur un but de Ghada Ganouche.

Le même jour, les U20 de la JSK ont gagné leur propre finale contre Relizane, également sur le score de 1-0. Ce doublé entre seniors et jeunes donne autant de valeur au travail de formation qu’au trophée principal.

Naïma Laouadi n’a pas caché son émotion après ce deuxième succès consécutif : « La joie est immense ! […] C’est ça la JSK, la JSK des titres et des coupes. » Au-delà de la formule, le parcours de la technicienne et de ses joueuses souligne aussi l’importance de confier des responsabilités à d’anciennes internationales. Leur expérience peut servir de pont entre les générations.

Le CF Akbou, un modèle sportif et social

La montée de la JSK n’efface pas la référence actuelle du championnat. Le CF Akbou a remporté en 2026 son troisième titre national consécutif, avec 70 points et dix longueurs d’avance sur son poursuivant. En 2024, le club avait réalisé un quadruplé inédit en gagnant le championnat, la Coupe d’Algérie, la Coupe de la Ligue et la Supercoupe.

Fondé le 8 mars 2010, Journée internationale des droits des femmes, le CF Akbou a bâti sa crédibilité bien avant ses grands succès seniors. Le club accueille les filles dès l’âge de six ans, ne demande pas de cotisation et fournit les équipements. Ses méthodes de formation lui ont valu le surnom d’« Ajax féminin ».

Ses actions caritatives, son engagement auprès des familles et les moyens mis à la disposition de la collectivité ont également conduit la FIFA à lui consacrer un portrait comme exemple de club sportif et social.