La visite à Alger du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga confirme le rapprochement engagé après quinze mois de crise diplomatique. Assimi Goïta a accepté l’invitation d’Abdelmadjid Tebboune à effectuer une visite officielle en Algérie, mais son déplacement n’est pas encore daté.
Quinze mois de brouille n’ont pas effacé les intérêts communs entre Alger et Bamako. Reçu le 24 août par le président Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga est venu porter un message du chef de la transition, Assimi Goïta.
Cette visite de travail constitue le contact politique le plus important depuis le rétablissement des relations diplomatiques en juillet. Elle marque aussi la volonté de l’Algérie de retrouver une place centrale dans les équilibres sécuritaires et diplomatiques du Sahel.
Assimi Goïta accepte l’invitation de Tebboune
Abdoulaye Maïga est arrivé à Alger à la tête d’une importante délégation. Il a été reçu par son homologue algérien Sifi Ghrieb avant son audience avec Abdelmadjid Tebboune.
À l’issue de cette rencontre, le chef du gouvernement malien a annoncé qu’Assimi Goïta avait accepté le principe d’une visite officielle en Algérie. Le calendrier devra être fixé par les canaux diplomatiques.
Cette annonce constitue le principal résultat politique du déplacement. Aucune date, aucun accord sectoriel et aucun nouveau mécanisme de coopération n’ont été rendus publics.
La future rencontre entre Abdelmadjid Tebboune et Assimi Goïta doit permettre de porter le rapprochement au niveau présidentiel. Elle pourrait également ouvrir la voie à une reprise plus structurée des échanges politiques, économiques et sécuritaires.
Un dégel amorcé en juillet
La visite d’Abdoulaye Maïga intervient après plusieurs gestes de normalisation. Le 10 juillet, l’Algérie et le Mali avaient annoncé le retour de leurs ambassadeurs.
Les deux pays avaient également rouvert leurs espaces aériens aux vols civils et militaires. Ces décisions mettaient fin à quinze mois de rupture ouverte, sans pour autant régler l’ensemble des différends.
Un nouvel échange téléphonique avait eu lieu le 9 août entre Sifi Ghrieb et Abdoulaye Maïga. Les deux responsables avaient alors exprimé leur volonté de donner une nouvelle dynamique aux relations bilatérales et de replacer le Sahel au centre de leur coopération.
La crise du drone avait provoqué la rupture
Les tensions avaient atteint leur point culminant en avril 2025, après la destruction d’un drone militaire malien près de Tin Zaouatine, à la frontière entre les deux pays.
L’Algérie affirmait que l’appareil avait pénétré dans son espace aérien. Le Mali soutenait au contraire que le drone se trouvait sur son territoire. L’incident avait entraîné le rappel des ambassadeurs et la fermeture réciproque des espaces aériens.
La crise s’inscrivait dans une dégradation plus ancienne des relations. En janvier 2024, Bamako avait mis fin à l’accord de paix issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les mouvements armés du nord du Mali.
Les autorités maliennes avaient également accusé Alger d’ingérence et de proximité avec certains groupes du nord. L’Algérie avait rejeté ces accusations et continué à défendre une solution politique à la crise malienne.
La non-ingérence au cœur du rapprochement
Le respect de la souveraineté apparaît désormais comme l’une des conditions de la normalisation. Selon Abdoulaye Maïga, Abdelmadjid Tebboune a assuré que l’Algérie ne s’immiscerait pas dans les affaires intérieures du Mali.
Le Premier ministre malien a également insisté sur l’histoire commune des deux pays. Il a déclaré que « les deux nations sont condamnées à avancer ensemble et à œuvrer dans le sens de la prospérité des deux peuples », selon l’Algérie Presse Service.
Cette position répond directement aux accusations qui avaient alimenté la crise. Elle offre aux deux capitales un cadre politique pour reprendre le dialogue sans revenir publiquement sur leurs désaccords passés.
Alger cherche à reprendre pied au Sahel
La normalisation avec Bamako dépasse la seule relation bilatérale. Le Mali occupe une position centrale au sein de la Confédération des États du Sahel, qui réunit également le Burkina Faso et le Niger.
L’Algérie partage plus de 1 300 kilomètres de frontière avec le Mali. Cette zone reste confrontée aux activités des groupes armés, aux trafics transfrontaliers et aux mouvements migratoires irréguliers.
Le rétablissement d’une coordination sécuritaire constitue donc un enjeu majeur. Avant la crise, les deux pays coopéraient notamment dans le cadre du Comité d’état-major opérationnel conjoint, basé à Tamanrasset. Aucun retour du Mali dans ce dispositif n’a cependant été annoncé.
La coopération économique pourrait aussi revenir à l’ordre du jour. Les deux pays disposent de projets communs dans les transports, l’énergie, le commerce et les infrastructures transsahariennes. Leur relance dépendra désormais des décisions prises après la phase de détente diplomatique.
