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L’Algérie pousse son agenda sécuritaire au cœur de l’Union africaine

À la tête du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en août, l’Algérie défend le renforcement du dispositif continental d’alerte précoce. Cartographie des risques, partage des données et mécanisme de réaction doivent aider l’organisation à intervenir avant que les crises ne s’aggravent.

Crédit photo : D.R

À la tête du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en août, l’Algérie défend le renforcement du dispositif continental d’alerte précoce. Cartographie des risques, partage des données et mécanisme de réaction doivent aider l’organisation à intervenir avant que les crises ne s’aggravent.

La diplomatie algérienne veut replacer la prévention au centre de l’action sécuritaire africaine. Sous sa présidence tournante, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS) a consacré, mardi 25 août, une réunion au renforcement du système continental d’alerte précoce, dans un contexte marqué par les conflits armés, le terrorisme, l’instabilité politique et la multiplication des changements anticonstitutionnels.

L’initiative ne consiste pas à créer un nouveau dispositif, mais à rendre plus opérationnel un mécanisme déjà prévu dans l’architecture de paix et de sécurité de l’UA. L’objectif affiché est de mieux identifier les menaces, de faciliter la circulation des informations et surtout de réduire le délai entre l’apparition des premiers signaux de crise et la réponse des institutions africaines.

Passer de l’alerte à l’action

Présidant les travaux, le représentant permanent de l’Algérie auprès de l’Union africaine, Mohamed Khaled, a plaidé pour une approche davantage préventive. Le diplomate algérien estime que le continent doit dépasser une gestion essentiellement réactive des crises pour intervenir en amont, avant leur transformation en conflits ouverts.

Les échanges ont porté sur des menaces multiples : terrorisme et extrémisme violent, criminalité transnationale organisée, affrontements armés, instabilité politique et économique, risques climatiques, cybermenaces et ingérences extérieures.

Selon le compte rendu consacré à la réunion du CPS, le dispositif envisagé doit s’appuyer sur des données fiables, des méthodes communes d’évaluation et une meilleure coordination entre l’Union africaine, les États membres et les organisations régionales.

Quatre mécanismes au cœur du dispositif

Quatre outils techniques ont été examinés. Le premier doit permettre d’évaluer et de cartographier les risques à l’échelle continentale. Élaboré à l’initiative de l’Algérie, il est destiné à mesurer la gravité des menaces et à déterminer les situations nécessitant une intervention urgente. Le document présenté aux membres du Conseil évoque neuf grandes catégories de risques, sans les détailler publiquement.

Le deuxième mécanisme repose sur un modèle de déclenchement de la réponse de l’Union africaine. Il doit établir les seuils à partir desquels une menace justifie une action diplomatique, politique ou sécuritaire.

Le troisième concerne un système d’alerte dans le domaine de la gouvernance, développé avec le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs. Il vise à repérer les fragilités institutionnelles susceptibles de favoriser une crise politique ou une rupture de l’ordre constitutionnel.

Enfin, une matrice consacrée aux accords de paix africains doit faciliter le suivi de leur application et permettre d’identifier plus rapidement les blocages. Le CPS avait déjà demandé que les analyses sur la gouvernance soient intégrées au système continental d’alerte précoce, dans un communiqué adopté en mai 2026.

Une plateforme commune pour partager les alertes

Les membres du Conseil ont également soutenu une feuille de route prévoyant des protocoles d’échange d’informations, un mécanisme de coordination institutionnelle ainsi qu’une plateforme numérique dotée d’un tableau de bord interactif.

Plusieurs organismes spécialisés doivent participer à cette architecture, parmi lesquels la Commission de l’Union africaine, le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme, AFRIPOL et le Comité des services de renseignement et de sécurité d’Afrique.

La réussite du projet dépendra cependant de la capacité des États à transmettre leurs informations, à harmoniser leurs méthodes d’analyse et à accepter qu’une alerte continentale débouche rapidement sur une initiative politique. Le calendrier précis du déploiement et les moyens financiers mobilisés n’ont pas été détaillés.

Une présidence à portée diplomatique

L’Algérie exerce la présidence mensuelle du Conseil de paix et de sécurité depuis le 1er août. Alger a placé son mandat sous le signe de la prévention des conflits, du règlement pacifique des différends et du renforcement des capacités africaines en matière de sécurité.

Le 12 août, le CPS avait déjà examiné la relance de la feuille de route « Faire taire les armes en Afrique ». Dans son communiqué officiel, le Conseil avait appelé à rapprocher davantage l’alerte précoce de l’action concrète, tout en respectant la souveraineté des États.