Candidat des Républicains à l’élection présidentielle de 2027, Bruno Retailleau propose d’étendre l’interdiction du voile aux universités, aux sorties scolaires, au sport et aux filles mineures. Il écarte cependant une interdiction générale dans l’espace public, jugée difficilement applicable. Gabriel Attal et Olivier Faure défendent une ligne différente.
Le voile s’installe une nouvelle fois au cœur du débat politique français. Invité dimanche 6 septembre de BFM Politique, Bruno Retailleau a détaillé les mesures qu’il souhaiterait appliquer s’il accédait à l’Élysée en 2027.
Le président des Républicains veut interdire le port du voile à l’université, lors des sorties scolaires et dans le sport. Il se prononce également pour une interdiction visant les filles mineures, sans avoir encore précisé l’âge retenu, les sanctions envisagées ni les conditions concrètes d’application de cette mesure.
Interrogé directement sur une interdiction à l’université, Bruno Retailleau a répondu « absolument ». Le candidat estime que ces restrictions participeraient à la lutte contre ce qu’il présente comme la progression de l’islamisme en France.
Des interdictions ciblées plutôt qu’une prohibition générale
La position de Bruno Retailleau se distingue toutefois de celle du Rassemblement national. Marine Le Pen souhaite soumettre à référendum une loi prévoyant notamment la pénalisation du port du voile dans l’ensemble de l’espace public.
Le 1er septembre, Bruno Retailleau avait qualifié cette proposition de « populisme » et de « démagogie ». Selon lui, une telle interdiction serait juridiquement fragile et pratiquement impossible à faire respecter.
L’ancien ministre de l’Intérieur avait notamment souligné la difficulté, pour les policiers et les gendarmes, de distinguer un foulard porté pour des raisons religieuses d’un couvre-chef utilisé pour des raisons médicales. Une interdiction visant uniquement le voile islamique poserait également la question de l’égalité de traitement avec les autres signes religieux, comme la kippa ou la tenue des religieuses.
Bruno Retailleau considère donc qu’une interdiction générale « ne marchera pas ». Il privilégie des restrictions dans certains espaces qu’il juge particulièrement sensibles : les établissements universitaires, les compétitions sportives et les activités scolaires.
Gabriel Attal défend la liberté des femmes majeures
Gabriel Attal s’oppose, lui aussi, à une interdiction générale du voile pour les femmes adultes. Le candidat de Renaissance affirme défendre « une société de la liberté » dans laquelle chacun doit pouvoir effectuer ses choix en conscience.
« Une femme, majeure, qui décide de porter le voile, n’est pas une menace pour la République », a-t-il déclaré. Il distingue cette situation de celle des très jeunes filles qui pourraient, selon lui, être contraintes par leur famille.
La position de l’ancien Premier ministre n’équivaut donc pas à un refus de toute nouvelle interdiction. En mai 2025, Gabriel Attal et Renaissance avaient proposé de prohiber le port du voile dans l’espace public pour les filles de moins de 15 ans. Ils souhaitaient également créer un délit permettant de sanctionner les parents imposant cette tenue à leur enfant.
Olivier Faure dénonce une obsession de la droite
À gauche, Olivier Faure a directement réagi aux propositions du candidat des Républicains. Le premier secrétaire du Parti socialiste accuse la droite et le Rassemblement national de présenter l’interdiction du voile comme une réponse générale aux difficultés du pays.
« La droite, comme l’extrême droite, ont une solution à tous les défis posés à la société française : l’interdiction du voile. C’est pathétique », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Ce que prévoit actuellement la loi
La législation française interdit depuis 2004 les signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse aux élèves des écoles, collèges et lycées publics. Cette disposition ne s’applique pas aux étudiants des universités.
Dans l’enseignement supérieur public, les personnels sont soumis à une obligation de neutralité religieuse. Les étudiants conservent en revanche le droit de manifester leurs convictions, à condition de ne pas perturber les enseignements, le fonctionnement de l’établissement ou l’ordre public.
Les parents accompagnant une sortie scolaire ne sont pas automatiquement assimilés à des agents publics. Ils ne sont donc pas soumis, par principe, à la même obligation de neutralité. Des restrictions peuvent néanmoins être imposées dans certaines situations pour assurer le bon fonctionnement du service ou prévenir un trouble à l’ordre public.
Dans le sport, les règles varient selon les fédérations et les compétitions. La Fédération française de football interdit, par exemple, les signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse pendant ses compétitions. Cette disposition a été validée en 2023 par le Conseil d’État.
Enfin, la loi de 2010 interdit dans l’espace public les tenues dissimulant entièrement le visage. Elle ne prohibe pas le foulard laissant le visage découvert.
