Une patrouille ordinaire devenue une pièce au cœur d’une enquête. Le 6 novembre 2025, quatre policiers municipaux de Carcassonne sont enregistrés pendant plusieurs heures par la caméra-piéton de leur chef d’équipe, restée active sans qu’il en ait conscience. Révélées le 8 septembre par Midi Libre, les images montrent notamment un brigadier-chef principal multiplier les insultes racistes et les déclarations misogynes, homophobes, complotistes et favorables à un renversement du pouvoir.
Des insultes racistes pendant la patrouille
Le policier, désigné par les initiales C.R. dans la presse, est âgé de 50 ans et a servi dans l’armée comme parachutiste. Une grande partie des propos enregistrés au cours de cette patrouille de près de six heures lui sont attribués.
En croisant un automobiliste d’origine maghrébine, il lance notamment : « Ils roulent vite ces bougnes ». Un peu plus tard, il déclare : « J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan… ». Les Africains sont également qualifiés à plusieurs reprises de « singes » au cours des échanges.
La séquence se poursuit après l’appel d’une femme signalant avoir heurté un animal avec son véhicule. Le policier répond : « C’est peut-être un migrant (…) Un petit Kirikou dans la savane », en prenant un accent caricatural.
Les propos ne se limitent pas aux attaques racistes. Le brigadier-chef évoque également la théorie complotiste et transphobe prétendant que Brigitte Macron serait une personne transgenre. « On essaye de cacher ça au monde entier », affirme-t-il.
Misogynie, homophobie et appel à une dictature
Les conversations enregistrées comportent aussi des déclarations ouvertement misogynes. Le policier qualifie notamment les femmes de « connasses » et défend une conception patriarcale de la société au motif que « c’est le père qui bande et qui a les muscles ».
Il évoque par ailleurs la guerre d’Algérie en défendant les militaires accusés de torture, avant d’en venir à la situation politique française. Il appelle alors à « un coup d’Etat, une dictature en France ».
Dans une autre séquence, il imagine une présence russe en France pendant plusieurs années. Il évoque le souhait que « les Russes viennent pour cinq-six ans », notamment pour « tuer les blédards » et « mettre au pilori Macron et tous les pédés ».
Une enquête ouverte à Carcassonne
Les images auraient commencé à circuler en interne au sein de la police municipale dès la fin de l’année 2025. Elles sont ensuite parvenues aux gendarmes en janvier 2026, après une plainte déposée par C.R. pour atteinte à la vie privée.
Le parquet de Carcassonne a depuis ouvert une enquête préliminaire. Plusieurs agents ont également déposé des plaintes dans un contexte de fortes tensions internes. L’un d’eux accuse notamment le brigadier-chef de menaces, tandis que plusieurs fonctionnaires ont signalé des faits de harcèlement et se trouvent en arrêt maladie.
Des liens avec le Rassemblement national
Le profil politique du principal policier mis en cause a rapidement alimenté les réactions. C.R. est présenté comme un sympathisant du Rassemblement national ayant ponctuellement prêté main-forte au service de sécurité du parti. Il aurait notamment participé à la protection de plusieurs événements politiques.
Selon Midi Libre, il était ainsi présent en février 2026 lors d’un déplacement de Jordan Bardella à Carcassonne, où le président du RN était venu soutenir Christophe Barthès pendant la campagne des élections municipales.
Cette proximité ne signifie toutefois pas que la mairie RN était aux commandes lors de la patrouille enregistrée. Les faits remontent à novembre 2025, lorsque Gérard Larrat dirigeait encore Carcassonne. Christophe Barthès a remporté le second tour des municipales le 22 mars 2026 avec 40,40 % des suffrages exprimés, sa liste obtenant 31 des 43 sièges du conseil municipal. La Ville le présente depuis comme maire de Carcassonne.
La gauche réclame des sanctions
La diffusion des images a provoqué une série de réactions politiques, principalement à gauche. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, réclame la révocation des agents concernés « sur le champ » et leur traduction devant la justice.
« Il est temps de nettoyer la police de la cave au grenier pour la débarrasser de ces individus qui lui font honte et de tous les responsables qui les couvrent », a-t-il déclaré. Il met également directement en cause le RN : « Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement national ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme. »
Le député insoumis Thomas Portes a lui aussi dénoncé « cinq minutes de déferlement de haine raciste » de la part d’un chef d’équipe de la police municipale présenté comme lié au service de sécurité du RN. « L’extrême droite dévoile une fois de plus son vrai visage», a-t-il ajouté.
Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a appelé à regarder les images «jusqu’au bout ». « Vous aurez une idée de ce que raciste, sexiste, homophobe, complotiste veut dire », a-t-il réagi, avant d’ajouter : « En 2027, ne leur donnons pas les clés de la France ! »
La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, s’est pour sa part dite « écœurée par ces propos racistes, misogynes et ces appels à la violence de policiers municipaux de Carcassonne ».
